Émilie avait beau marcher rapidement, elle sentait son regard dans son dos. Elle se mit alors à courir : rien à faire ! Elle entendait maintenant les talons de chaussures de cet homme qui la suivait… Émilie continua de courir, de tourner à gauche, à droite… et se retrouva face à un grand portail noir. Elle commençait à l’escalader quand elle sentit une main se refermer sur sa cheville et la tirer vers le bas ! La jeune fille essaye de résister, mais l’homme était bien plus fort qu’elle, et finit par la faire tomber lourdement au sol. Là : trou noir !

 

Émilie se réveilla quelques heures plus tard, avec un horrible mal de crâne. Elle était allongée sur un lit miteux qui menaçait de tomber à tout moment, les mains et les bras attachés aux pans du lit. Elle regarda ce qui l’entourait et fut effrayée de savoir que de telles chambres n’étaient pas démolies : le papier peint, enfin le peu qu’il en restait, était arraché un peu partout et laissait apparaître du ciment qui s’effritait. Il y avait, en tout et pour tout, trois meubles dans cette pièce aux fenêtres condamnées grossièrement par des parpaings et des planches de bois clouées. On trouvait donc à côté de la porte une chaise, qui n’avait d’ailleurs plus de fond et un pied en moins ; un vieux buffet tout abîmé et sur lequel se trouvaient trois gros rats morts où mourant, vu qu’ils ne bougeaient pas d’un iota. Et enfin, cet horrible lit sur lequel Émilie avait été attachée. Le dos de la jeune femme était meurtri par les ressorts qui ne résidaient plus dans le matelas. Pour ajouter à ce tableau idyllique, il y avait une odeur pestilentielle de moisi, de renfermer. C’est à peine si on pouvait respirer sans s’étouffer.

 

La jeune fille continuait de regarder avec dégoût cette pièce, quand la porte s’ouvrit tout doucement. Un homme de grande taille, avec une carrure plus qu’impressionnante entra dans la salle : un vrai colosse fait de muscle entièrement ! Il était vêtu d’un ensemble noir qui devait dater des années 60 au vu de la coupe. Il avait à la main gauche un revolver. Son visage était défiguré par une longue cicatrice, qui partait de son œil gauche pour s’achever dans son cou. Ce même visage était déformé par une grimace qui se voulait sûrement être un sourire. Il était tellement hideux et effrayant à regarder qu’Émilie préféra baisser les yeux. Il s’approcha de la jeune femme avec délicatesse, comme s’il craignait de la réveiller et, après avoir vu qu’elle l’était, il se posta à côté du lit et attendit, silencieux. Émilie ouvrit la bouche pour poser une question, mais le monstre de muscle lui fit comprendre qu’il ne voulait pas l’entendre, sous peine d’atroces souffrances.

 

-     Que lui voulait-on à la fin ? Pourquoi ne la détachait-il pas ? Craignait-il qu’elle s’enfuit ? (chose qu’elle n’essaierait même pas au vu de la bête assise à côté d’elle) Qu’allait-on lui faire ? Et qui étaient les personnes qui l’avaient kidnappée ?

 

 

 

Émilie se posait tout un tas de question et commençait à s’agiter nerveusement, quand un deuxième homme, tout aussi grand et musclé que le premier entra dans la pièce, en ouvrant la porte avec fracas.  Il fit un signe à l’autre homme qui sortir aussitôt, la tête baissée, rasant les murs comme s’il le craignait. La jeune femme se demanda s’il s’agissait de la relève ou de son bourreau qui venait d’entrer dans cette pièce.

 

L’homme vint s’asseoir à côté d’elle et la regarda droit dans les yeux. Ils se dévisagèrent pendant quelques minutes. Émilie remarqua qu’il avait les cheveux clairs, mais elle était dans l’incapacité de dire s’ils étaient blancs ou blonds, tant la luminosité était peu présente dans cette chambre. Ses yeux étaient clairs aussi et son visage n’était ni déformé par une grimace ou une cicatrice, ni désagréable à l’œil… voir même très agréable à regarder. La jeune femme se sentait un peu dans le brouillard, comme hypnotisée. L’homme toucha les longs cheveux bruns d’Emilie, effleura son visage avec une douceur qu’on ne lui aurait pas donné au vu de sa carrure et posa sa main sur ses genoux. Il lui murmura une phrase qu’elle ne comprit pas vraiment, mais il lui sembla entendre quelque chose comme « N’aies pas peur »

 

Avant qu’elle ne puisse dire ou faire quoi que ça soit, il se leva et se plaça au bout du lit. Là, Émilie assista à une métamorphose qui se déroula sous ses yeux ébahis : les cheveux si clairs auparavant poussèrent à une vitesse incroyable et devinrent plus noir que l’ébène. Son visage, déjà ovale, s’allongea encore plus et des sortes de dents sortirent de ses joues : elles étaient si longues et pointues… carrément meurtrières ! La veste bleue marine se déchira sous la puissance des muscles qui grossissaient au fur et à mesure que les secondes passaient. Une odeur de fauve mélangée à une odeur de sang, de moisi et de chair en décomposition se diffusa dans la chambre. Cela donnait la nausée à Émilie, qui était devenue muette et immobile de stupéfaction. Elle n’arrivait pas à détourner son regard de cette… ‘Chose’ qui n’était plus un homme, mais un monstre horrible à longues dents. Ce colosse avait en plus l’air doté d’une force incroyable et inimaginable…

 

Il s’approcha de la jeune fille avec élégance qu’elle ne lui aurait pas crue capable d’avoir. Quand il fut tout prêt de son visage, il inspira un grand coup comme pour sentir l’odeur de sa prisonnière. Il lui lécha le cou, comme s’il voulait la goûter ! Émilie tressaillit de peur : mon Dieu ! Il venait de lui baver dans le cou et l’avait léchée ! Ce contact réussit à sortir sa voix de la torpeur dans laquelle elle était plongée et elle poussa un long hurlement. Mais cela ne perturba pas son agresseur qui lui caressa les cuisses et lui pencha la tête sur le côté, avant de poser doucement ses dents sur ce jeune cou qui l’attirait tant. Il les fit pénétrer dans la chair de la jeune femme qui redoubla de hurlements.

 

 

 

Émilie fut réveillée en sursaut par son ami qui la secouait. Ses yeux, d’un bleu transparent, montraient une grande inquiétude. Elle fut tellement soulagée qu’elle lui sauta dans les bras. La jeune femme se leva, prit une douche rapidement comme pour se laver de ce mauvais rêve. En revenant dans la chambre, elle était toujours hantée par son rêve. Aussi, elle décida d’aller prendre l’air pour s’aérer un peu et oublier l’expérience désagréable qu’elle venait de vivre.

 

Elle sortit dans la rue, prit la première rue à gauche et marchait doucement quand elle sentit un regard posé sur elle…

 

 

 

Noémy Cler - Texte proposé par Astrid BUISSONNEAUD